Comment utiliser la base de données

Le travail présenté  ici regroupe les reconstructions de familles réalisées sur divers espaces, à partir des recensements de 1843 à 1848. Deux communes sont particulièrement étudiées : Saint-Leu, d’après le recensement de 1846 et, très ponctuellement, ceux de 1842, 1843 et 1844, et la commune de Saint-Paul, y compris La Possession, entre 1843 et 1846. Pour les autres communes, le dépouillement des actes de décès après 1848 sont encore incomplets

Nous avons séparé la propriété de la famille Desbassayns à Saint-Paul car la base est enrichie de données de recensements de 1823 et 1836, ce qui, autrement, aurait posé des problèmes de numérotation.

Il nous apparaît indispensable de fournir ces données qui attestent de la richesse et de la complexité des familles esclaves. Elles ne présentent pas un caractère d’exhaustivité qu’il serait présomptueux de revendiquer. Elles contiennent des erreurs ou des approximations. De manière générale, lorsque nous n’avons pas pu croiser nos sources, c’est-à-dire nous baser sur au moins deux mentions dans des actes divers, nous avons fait précéder l’attribution patronymique d’un point d’interrogation. A mesure que nos recherches avancent, ces derniers parfois disparaissent. Les doutes, encore très nombreux, sont également signalés par un « slash » (/) séparant deux patronymes possibles et donc deux identifications, quelquefois deux familles, différentes.

Ce document a été réalisé avec le maximum de rigueur. L’analyse de ces données figure dans la thèse ainsi que dans l’ouvrage qui en est issu, « Famiy maron, la famille esclave à Bourbon » et pourra donc être consulté conjointement. Outre les données recueillies personnellement, nous devons énormément aux travaux de Mr et Mme Nourigat ainsi qu’au labeur, durant plusieurs années, de Mme Grimaud, en particulier pour les actes de décès à partir de 1848. Le sérieux de leurs recherches ne peut être mis en doute.

Pour la compréhension de cette base, il convient de signaler le codage utilisé.

Pour tous les recensements, la première colonne est un numéro d’ordre personnel qui permet de retrouver les différents alliés et descendants.

Les alliances légitimes sont signalées par le signe « égal » (=) et les alliances non reconnues par son double (==) ; les décès sont indiqués par un « plus » (+).

La deuxième colonne présente le « prénom » attribué à l’esclave puis son patronyme attribué lors de l’affranchissement. Dans les analyses de cette base, nous avons signalé les nombreux décès d’esclaves, jusqu’à la fin du XIXème siècle sans qu’il soit fait mention d’un nom. Cela apparaît à travers la mention « ss patro », c’est-à-dire, sans patronyme. Cela concerne également les esclaves décédés avant l’affranchissement. Dans un certain nombre de cas, nous avons « attribué » le patronyme d’enfants à leurs ascendants décédés avant 1848 mais ce nom est mis entre guillemets («  »).

Parfois, une double « orthographe » du nom est proposée compte tenu des variations dans les différents actes.

La troisième colonne indique l’âge mentionné lors des recensements. Nous avons recalculé ceux pour lesquels les données avaient recueilles en 1843, 1844, 1845, afin d’uniformiser en particulier dans l’optique du calcul des années de naissances les informations. Lorsque le recensement utilisé est d’une autre année que 1846, cela est mentionné à côté du nom du propriétaire. A droite de cette donnée figure également l’emplacement signalé par le maître de son habitation, au dos de la feuille de recensement. Nombreux sont ceux qui négligeaient de remplir cette formalité, ce qui limite nos possibilités d’analyse des organisations familiales selon la proximité dans les cas où les membres de la famille esclaves sont répartis sur plusieurs propriétés.

La quatrième colonne reprend les attributions de « caste » par les maîtres, telles qu’elles sont présentes dans les recensements. Ces données sont, en général, fiables et confirmées, sauf dans quelques cas pour lesquels nous trouvons des contradictions entre l’origine ethnique indiquée sur le recensement et celle mentionnée au mariage ou lors du décès. On constate que vers les années 1870-1880, les contradictions semblent plus fréquentes car bien souvent sont déclarées « né à La Réunion » des personnes qui manifestement étaient qualifiées de « cafres » aux recensements.

Il convient de souligner que les termes « ethniques » renvoient uniquement au lieu de naissance des esclaves et n’indiquent donc ni leur couleur, ni leur langue usuelle, ni leur culture. Le terme « créole » est pris ici dans son acceptation historique, c’est-à-dire, né sur l’île. Cela est indiqué ainsi dans les premiers écrits à la fin du 17ème siècle.

La dernière colonne du tableau, la plus importante, regroupe les informations sur la famille de l’esclave. Y sont indiquées la date de décès, éventuellement le lieu s’il diffère de la commune étudiée ainsi que parfois la mention « PMI », c’est-à-dire « père et mère inconnus ». On peut en effet observer que si lors de l’alliance, les parents de l’un ou de l’autre des conjoints n’étaient pas signalés, dans certains cas, c’est le contraire, à savoir qu’on connaît lors du mariage les ascendants mais on les ignore au décès de la personne . Parfois, nous avons jugé utile de préciser le lieu de décès, en particulier lorsqu’il se produit non pas au domicile ou chez l’engagiste éventuel mais plutôt à l’hospice ou à l’hôpital. On remarquera la fréquence des décès à l’hôpital pour des personnes dites « cafres » et l’absence presque systématique d’informations sur les ascendants, conjoints ou descendants.

Dans cette même colonne sont précisées la filiation éventuelle, l’union et la descendance avec, à chaque fois entre parenthèses (), le numéro d’ordre des personnes concernées. Ce numéro peut être complété par la commune si elle diffère de celle étudiée. Ainsi (345StLeu) correspond à la base de donnée de cette commune quand on consulte celle d’une autre commune, et inversement.

Cette colonne contient également quelques informations diverses, telles que les reconnaissances d’enfants par le père, en général, alors que la mère est décédée, bien souvent avant 1848. De même, sont parfois signalées les rectifications patronymiques ou de date de décès opérées par les services juridiques.

Nous avons également indiqué les enfants décédés avant 1848 mais déclarés à la naissance. Cela concerne essentiellement les années 1840-1848 durant lesquelles les déclarations officielles de naissance furent plus complètes. Lorsque nous retrouvons trace du décès de cet enfant mais que nous n’en trouvons pas mention dans le recensement, cela est indiqué sous la forme « 1845-1879 ». En général, il semble que l’année de naissance calculée à partir de l’âge du décès ne soit pas toujours très fiable. Lorsque le décès est intervenu en bas âge, la date de naissance est suivie du signe « plus », par exemple « 1842 + ». Cela permet d’attester des très nombreuses naissances et de la forte mortalité infantile.

Nous avons également indiqué les naissances, parfois également les mentions de mort-né, survenues dans les années suivant l’abolition. Ces informations ont pour but de démontrer que les pratiques familiales instituées à l’époque de l’esclavage se poursuivent et que les alliances  ne sont que rarement le résultat de stratégies visant à contourner les lois sur l’engagement des travailleurs, comme cela fut soutenu par certains nostalgiques dans les années qui suivent l’abolition ainsi que plusieurs décennies après.

Pour la même raison, nous avons indiqué les alliances survenues après l’abolition, afin de démontrer la poursuite des stratégies familiales des anciens esclaves, y compris à travers les deuxièmes ou troisièmes mariages enregistrés officiellement.